Reconversion des sportifs de haut niveau: pourquoi est-elle si mal vécue ?
Article invitĂ© rĂ©digĂ© par MĂ©lanie Revellat, fondatrice dâAthlĂštes Reconversion et coach spĂ©cialisĂ©e dans la reconversion des sportifs de haut niveau.
Ndlr: lâexpression âle sportifâ dĂ©signe ici tout athlĂšte, indiffĂ©remment de son genre.
Sâil y a bien un point commun Ă tous les sportifs de haut niveau, câest que leur carriĂšre sâarrĂȘtera un jour. Trop souvent, cette Ă©tape de transition des terrains vers le monde de lâentreprise est mal vĂ©cue. Pourquoi ? Principalement car les athlĂštes et leur entourage mĂ©connaissent ou sous-estiment tout ce qui se joue lors de la reconversion des sportifs de haut niveau.
Anticiper sa transition de carriĂšre, câest dâabord connaĂźtre les obstacles auxquels le sportif peut faire face. Non pas pour prendre peur, mais bien pour prĂ©parer le plan de jeu. Un peu comme quand on analyse ses adversaires. Car lâenjeu, au final, câest bien de rĂ©ussir et de gagner le match de sa carriĂšre â quâelle quâen soit la phase: pendant et aprĂšs le sport.
Tu es un(e) athlĂšte et tu souhaites prĂ©parer au mieux ta transition de carriĂšre ? Ou un(e) proche de sportif(ve) de haut niveau et tu cherches Ă lâaccompagner au mieux dans cette Ă©tape ? Tu trouveras dans cet article les implications de la fin de carriĂšre dâun sportif Ă plusieurs niveaux (contextuel, psychologique, physiologique) poour anticiper et aborder au mieux ce moment capital.
- 1. Chiffres et enjeux de la reconversion des sportifs de haut niveau
- 2. Le sport de haut niveau, un mĂ©tier Ă part entiĂšreâŠ
- 3. Les limites des méthodes de reconversion classiques pour les sportifs de haut niveau
-
4.
Circonstance et contexte de lâarrĂȘt du sport : la partie Ă©mergĂ©e de lâiceberg
- 4.1. Lâinfluence dâun arrĂȘt choisi ou subi dans la reconversion des sportifs de haut niveau
- 4.2. La perception des résultats obtenus durant la carriÚre sportive
- 4.3. Le niveau et lâintĂ©rĂȘt pour les Ă©tudes
- 4.4. Le cas dâun double-projet sport et emploi
- 4.5. Les ressources financiÚres : préjugés et impact sur la reconversion des sportifs
- 4.6. Lâimportance du rĂ©seau et de lâentourage pour les sportifs de haut niveau
- 5. Lâaspect psychologique et identitaire de lâarrĂȘt du sport: la partie immergĂ©e de lâiceberg
- 6. Les questions rĂ©currentes sur lâaprĂšs-carriĂšre des sportifs de haut niveau
- 7. Comment rĂ©ussir une reconversion Ă©panouissante aprĂšs sa carriĂšre dâathlĂšte ?
Chiffres et enjeux de la reconversion des sportifs de haut niveau
La carriĂšre dâun sportif de haut niveau nâest pas Ă©ternelle. Elle est fortement corrĂ©lĂ©e aux aptitudes physiques et athlĂ©tiques, qui dĂ©clinent avec leâŠvieillissement. MĂȘme si, quand on sait que les athlĂštes prennent leur retraite autour de 34 ans en moyenne, cela peut paraĂźtre relativement jeune. Cela reste bien une moyenne. Dans certains sports le pic de performance et lâarrĂȘt de la carriĂšre sportive sont bien plus tĂŽt, dans dâautres ils se font plus tardivement.
Vieux-jeunes pour les uns, jeune-vieux pour les autres⊠Toujours est-il quâĂ 34 ans et selon les derniĂšres rĂ©formes autour de la retraite, il reste encore une belle trentaine dâannĂ©es de travail pour ces compĂ©titeurs. Tous les sportifs de haut niveau vont donc ĂȘtre amenĂ©s, tĂŽt ou tard, Ă mettre un terme Ă leur carriĂšre sportive et se reconvertir.
Chaque annĂ©e, parmi les 15 000 sportifs inscrits sur liste ministĂ©rielle, environ 4000 raccrochent le maillot. Il est estimĂ© que 40% de ces jeunes retraitĂ©s nâont pas le baccalaurĂ©at. Et prĂšs de la moitiĂ© devra faire face Ă des troubles de santĂ© mentale (troubles du comportement alimentaire, anxiĂ©tĂ©, dĂ©pressionâŠ).
Pourquoi la fin de la carriĂšre sportive est-elle si mal vĂ©cue ? Probablement car les athlĂštes y sont peu prĂ©parĂ©s et mal accompagnĂ©s. Car le personnel encadrant des clubs, fĂ©dĂ©rations, etc. ne le sont pas plus, ou que ce nâest pas leur mandat. Non pas par nĂ©gligence ou dĂ©sintĂ©rĂȘt. PlutĂŽt par manque de volume et de moyens.
Je vais tĂącher dans cet article de dĂ©tailler ce quâil se joue lors de la reconversion dâun sportif de haut niveau. Le but ici est dâĂ©veiller les consciences des athlĂštes sur cette Ă©tape cruciale et inĂ©vitable de leur carriĂšre sportive, afin quâils sachent Ă quoi sâattendre. Et surtout quâils puissent mieux prĂ©parer et vivre leur transition professionnelle.
Le sport de haut niveau, un mĂ©tier Ă part entiĂšreâŠ
En repoussant chaque fois un peu plus les limites du corps humain et en Ă©tablissant de nouveaux records, la barre de la performance sportive se situe toujours plus haut. Afin dâexceller, les sportifs doivent sâentraĂźner toujours plus pour atteindre le haut niveau et y rester.
On compte en moyenne 25 heures dâentraĂźnement par semaine, 200 jours de dĂ©placements chaque annĂ©e pour les diverses compĂ©titions et stages. Les plus jeunes commencent dĂšs lâĂąge de 12 ans. Lors dâune annĂ©e olympique, ils consacrent en moyenne 6 heures par jour Ă leur pratique, 5 voire 6 jours sur 7. Sans parler du temps de rĂ©cupĂ©ration et autres rendez-vous: kinĂ©sithĂ©rapie, prĂ©paration mentale, etc., et la recherche de sponsors pour se financerâŠ
On voit bien quâen termes de volume horaire, cela Ă©quivaut Ă un temps plein dans un travail normal. Ce qui est totalement logique, puisque câest leur mĂ©tier ! Ce rythme laisse peu de temps aux athlĂštes pour mener des Ă©tudes, puis une expĂ©rience professionnelle en entreprise en parallĂšle. Et lorsquâarrive ce moment de la transition sportive vers le monde de lâentreprise, lâĂ©cart entre ces deux mondes paraĂźt si grand quâil peut ĂȘtre vertigineux (je dis bien âparaĂźtâ).
Nombre dâentre eux mĂšnent aussi un double-projet (Ă©tudes ou emploi) et parfois gĂ©rer une vie de famille. Ce qui laisse peu de temps pour âsortir la tĂȘte de lâeauâ et penser Ă lâaprĂšs.
Naturellement, les sportifs arrivent donc sur le marchĂ© du travail face Ă des trentenaires ayant dĂ©jĂ une dizaine dâannĂ©es dâexpĂ©rience. Tant du cĂŽtĂ© des athlĂštes que de celui des employeurs, chaque camp a du mal Ă voir ce que les premiers peuvent apporter aux seconds.
Câest dans ce contexte que sâinscrit la transition dâune carriĂšre sportive vers un mĂ©tier plus âstandardâ, gĂ©nĂ©ralement moins immĂ©diate et fluide quâune reconversion classique.
Les limites des méthodes de reconversion classiques pour les sportifs de haut niveau
Quand le Bilan de Compétences classique est réducteur
Pour ces profils particuliers que sont les sportifs de haut niveau, les bilans de compĂ©tences traditionnels nâaident malheureusement pas toujours. A juste titre, puisquâils sont pensĂ©s pour des personnes souhaitant se reconvertir dâun âmĂ©tier conventionnelâ vers un autre.
En appliquant cette mĂ©thodologie sans prendre en compte les spĂ©cificitĂ©s de la carriĂšre dâun athlĂšte, on peut vite tomber sur des rĂ©sultats qui ne conviennent pas aux principaux concernĂ©s. Avec parfois pour conclusion des options restreintes (si ce nâest, des stĂ©rĂ©otypes fĂącheux).
âParce que jâai Ă©tĂ© sportif, mon avenir professionnel se joue entre: entraĂźneur, chef de rayon chez Decathlon ou pompierâ.
Soyons clairs, ces trois professions sont trĂšs bien (et je salue tous ceux qui les exercent). Mais il en existe aussi beaucoup dâautres ! Alors la question est la suivante: est-ce quâelles intĂ©ressent le sportif concernĂ© et constituent un projet professionnel valide pour lui ?
Dépasser les stéréotypes et conclusions hùtives
Lâenjeu de la reconversion des sportifs de haut niveau est donc bien pour lâathlĂšte de faire un pont entre une expĂ©rience de vie avec un parcours unique, et un monde de lâentreprise plutĂŽt normĂ© (surtout en France). Lâobjectif Ă©tant de trouver rĂ©ponse Ă la question cruciale, de lâautre cĂŽtĂ© du rivage: âde quel mĂ©tier jâai envie ?â.
Si je poursuis la mĂ©taphore du pont, en contrebas se trouve le fleuve Ă traverser. Ce sont tous les rapides et remous auxquels le sportif va devoir faire face lors de sa transition vers le monde de lâentreprise. Ces difficultĂ©s risquent de le dĂ©sĂ©quilibrer et de le faire sombrer. Câest le manque de connaissance de ce tumulte qui mĂšne lâathlĂšte Ă mal vivre sa fin de carriĂšre.
Le surnom âpetite-mortâ donnĂ© Ă ce moment de vie est quand mĂȘme rĂ©vĂ©lateur⊠à titre personnel, je souhaite que lâon cesse de lâutiliser. Pour cela, il faut que lâon change lâexpĂ©rience autour de la fin de carriĂšre. La mort, dans notre culture occidentale, marque une fin sans âaprĂšsâ. Câest quand mĂȘme ahurissant de faire croire Ă des personnes dans la trentaine que leur vie va sâarrĂȘter avec leur sport !
Il y a Ă©videmment une suite, un nouveau chapitre Ă Ă©crire, qui sera diffĂ©rent mais pas nĂ©cessairement moins beau. Je prĂ©fĂšre parler de transition professionnelle, de reconversion. Câest pour cela que jâai créé Reconversion Gagnante, un accompagnement adaptĂ© spĂ©cifiquement pour les athlĂštes en reconversion.
Sans plus attendre, intĂ©ressons-nous Ă ces Ă©vĂ©nements, ces remous, auxquels le sportif pourra ĂȘtre exposĂ© Ă la fin de sa carriĂšre. Il y a autant de cas de figure que dâathlĂštes, car de multiples paramĂštres entrent en jeu. Jâen cite quelques-uns majeurs ci-aprĂšs â sans prĂ©tention dâexhaustivitĂ©, car chaque cas est unique.
Circonstance et contexte de lâarrĂȘt du sport : la partie Ă©mergĂ©e de lâiceberg
De nombreux facteurs constituent la partie émergée, visible de la fin de carriÚre sportive. Ce sont les plus simples à observer, les plus tangibles.
Lâinfluence dâun arrĂȘt choisi ou subi dans la reconversion des sportifs de haut niveau
PremiĂšrement, tout dĂ©pend du motif de la fin de carriĂšre sportive. Cet arrĂȘt est-il choisi (câest lâathlĂšte lui-mĂȘme qui dĂ©cide Ă quel moment il arrĂȘte) ? Ou subi (pour cause de blessure, dĂ©-sĂ©lection, fin de contrat, contraintes personnelles⊠) ?
Quand bien mĂȘme lâarrĂȘt semble choisi, cela peut ĂȘtre pour diverses raisons.
Le sportif souhaite-il terminer sa carriÚre sur une victoire ? Sur une belle échéance ?
Le sportif en a-t-il assez des contraintes du haut niveau ? On voit fleurir les tĂ©moignages de surentraĂźnement, de burnout dans le sport, comme dans le documentaire Strong notammentâŠ
Lorsque l âathlĂšte choisit de se retirer en raison de la baisse de ses rĂ©sultats, est-ce alors rĂ©ellement un choix ou une stratĂ©gie dâĂ©vitement face Ă son dĂ©clin ?
Et le sportif qui dĂ©cide de continuer son sport pour les âmauvaises raisonsâ ? Non pas parce quâil a encore en lui la flamme, mais parce quâil nâa aucune idĂ©e de quoi faire ensuite et a peur de sây confronter.
La frontiĂšre entre lâarrĂȘt de carriĂšre volontaire et involontaire nâest pas toujours aussi claire quâelle y paraĂźt. Et cela participe grandement Ă la perte de repĂšres pour la suite.
La perception des résultats obtenus durant la carriÚre sportive
Quel que soit le motif de lâarrĂȘt, est-ce que lâathlĂšte est satisfait des rĂ©sultats quâil a obtenus durant sa carriĂšre ?
Sans surprise, si la performance nâest pas Ă la hauteur des espĂ©rances, il peut y avoir un goĂ»t amer, dâinachevĂ©. Voire mĂȘme Ă©ventuellement un sentiment dâĂ©chec.
Si le sportif a Ă©tĂ© titrĂ© durant sa carriĂšre, peut se poser la question de la mĂ©daille supplĂ©mentaire. âEt si jâavais continuĂ© jusquâĂ la prochaine Ă©chĂ©ance, est-ce que jâaurais eu mes chances ? â, âest-ce que jâen tente une de plus ?â.
Autant de questions qui peuvent jouer dans la dĂ©cision de se reconvertir ou non, et impacter les Ă©motions vĂ©cues au moment dâarrĂȘter son sport.
Le niveau et lâintĂ©rĂȘt pour les Ă©tudes
Le domaine et le niveau dâĂ©tudes entre Ă©videmment en jeu lors de lâinsertion professionnelle. Il va conditionner lâaccĂšs Ă certains mĂ©tiers.
Loin de moi lâidĂ©e de dire Ă tous les athlĂštes de mener des Ă©tudes supĂ©rieures pour sâouvrir plus de portes. Ce nâest pas accessible, souhaitable, ou encore compatible avec la carriĂšre sportive pour certains. Dâautres sportifs rĂ©ussiront Ă concilier activitĂ© sportive et Ă©tudes supĂ©rieures avec brio.
Je recommande nĂ©anmoins aux sportifs, si possible, dâobtenir un certificat ou un diplĂŽme, de prĂ©fĂ©rence dans un domaine qui les intĂ©resse. Car on voit bien que la carriĂšre dâun athlĂšte peut sâarrĂȘter tĂŽt et de maniĂšre brutale (subie), et cela facilitera la reconversion dans la majoritĂ© des cas.
MalgrĂ© tout, soyons honnĂȘtes. TrĂšs peu de jeunes Ă 18 ans ont une connaissance suffisante dâeux-mĂȘmes et une visibilitĂ© sur le monde du travail leur permettant de faire des choix complĂštement alignĂ©s et rationnels. Et câest normal car câest un Ăąge oĂč lâon dĂ©couvre et lâon se construit. Câest pourquoi nombre dâentre eux choisissent leurs Ă©tudes âpar dĂ©fautâ au moment de leur orientation. Parce que lâemploi du temps leur permet dâexercer leur sport, qui est leur prioritĂ© Ă ce moment de leur vie.
Mais mĂȘme en ayant eu un certificat ou un diplĂŽme, quel que soit le domaine ou le niveau de qualification, il est probable que la thĂ©matique ne lui convienne plus une dizaine, quinzaine dâannĂ©es plus tard. Et cela mĂȘme si le choix des Ă©tudes portait Ă lâĂ©poque sur un sujet qui lâintĂ©ressait sincĂšrement.
Câest pourquoi il est frĂ©quent que des sportifs qui arrĂȘtent leur carriĂšre et se lancent dans un mĂ©tier en relation avec leur cursus, ne sâĂ©panouissent finalement pas. Ils chercheront alors Ă se rĂ©orienter peu de temps aprĂšs.
Je souhaite rassurer sur le fait quâil est possible de reprendre des Ă©tudes ou des formations par la suite, si lâathlĂšte souhaite se rĂ©orienter â ceci est aussi valable pour les non-athlĂštes.
Le cas dâun double-projet sport et emploi
Quid des sportifs ayant un double projet, ceux qui travaillent en parallĂšle de leur pratique (ndlr: le terme sâapplique aussi au double-projet sport et Ă©tudes) ?
Pour eux la transition va ĂȘtre plus simple, car ils ont dĂ©jĂ lâexpĂ©rience et les codes de lâentreprise et un syndrome de lâimposteur moindre.
Ceux qui aiment leur emploi et se sentent bien dans leur entreprise vont pouvoir y rester, et câest gĂ©nial tant que ça leur convient.
Il arrive aussi que le changement de rythme modifie le rapport que le sportif avait avec son entreprise, son mĂ©tier. Plus dâheures au travail, moins Ă lâentraĂźnement. Les objectifs sportifs disparus, lâadrĂ©naline des compĂ©titions⊠Câest finalement un nouvel Ă©quilibre quâil sâagira de trouver, dans le mĂȘme domaine professionnel ou dans un autre.
Les ressources financiÚres : préjugés et impact sur la reconversion des sportifs
Les ressources dont dispose lâathlĂšte au moment de sa fin de carriĂšre influent sur la maniĂšre dont il la gĂšre. Ce sont aussi des Ă©lĂ©ments qui peuvent soutenir le sportif dans cette transition de vie.
Les ressources financiĂšres dâabord. Est-ce que lâathlĂšte dispose dâune Ă©pargne de sĂ©curitĂ©, voire de confort ? Ces Ă©conomies peuvent ĂȘtre un moyen de se laisser le temps de la rĂ©flexion, de se former, de trouver un emploi ou de monter son activitĂ©, le temps de rebondir.
Or, quand on sait quâen 2016, un rapport rĂ©vĂ©lait avant les Jeux de Rio que prĂšs de 40% des athlĂštes vivaient sous le seuil de pauvretĂ©, on sâaperçoit que câest la double peine. En plus dâun retard dâexpĂ©rience professionnelle Ă Ăąge Ă©gal avec un non-sportif, certains athlĂštes cumulent aussi un retard en termes de constitution dâune Ă©pargne ou dâun patrimoine quand ils cessent leur carriĂšre. Depuis, lâAgence Nationale du Sport, avec dâautres acteurs, a fait un travail considĂ©rable pour soutenir les sportifs, et ce chiffre est descendu Ă 10%.
On peut penser â Ă tort, que les athlĂštes qui ont trĂšs bien gagnĂ© leur vie nâont pas Ă se soucier de lâaprĂšs. DĂ©jĂ , il sâagit dâune poignĂ©e dâentre eux dans les sports les plus mĂ©diatisĂ©s.
Ensuite, mĂȘme si lâathlĂšte nâa pas besoin de travailler pour gagner sa vie aprĂšs sa carriĂšre sportive (car il a suffisamment dâĂ©pargne, il a fait des investissementsâŠ), tout ĂȘtre humain a besoin de faire des choses qui ont du sens afin de sâĂ©panouir. Ceux qui se retrouvent du jour au lendemain Ă ne rien avoir Ă faire, car ils nâont pas besoin de travailler et nâont pas prĂ©parĂ© lâaprĂšs, peuvent traverser une pĂ©riode de grande dĂ©tresse.
Lâimportance du rĂ©seau et de lâentourage pour les sportifs de haut niveau
Le sportif a lâopportunitĂ© de rencontrer au cours de sa carriĂšre de nombreux professionnels de divers domaines et professions: staff, institutionnels, sponsors, etc. Câest un rĂ©seau sur lequel il va pouvoir sâappuyer lors de sa transition. Notamment pour dĂ©couvrir ou approfondir de nouvelles disciplines, jusquâĂ dĂ©crocher un emploi, ou trouver un associĂ© pour crĂ©er une entreprise. Ătendre et cultiver ce rĂ©seau durant la carriĂšre sportive peut largement aider au moment de la transition professionnelle.
Enfin, et pas des moindres, lâentourage familial et proche joue un rĂŽle important pour soutenir et accompagner lâathlĂšte dans cette Ă©tape de vie.
Tous ces facteurs vont avoir une grande influence sur lâathlĂšte et sa gestion de la transition du sport au monde de lâentreprise. En les connaissant, le sportif peut, dans une certaine mesure, crĂ©er les conditions les plus favorables possibles pour sa reconversion.
Lâaspect psychologique et identitaire de lâarrĂȘt du sport: la partie immergĂ©e de lâiceberg
Si chaque sportif vit sa transition diffĂ©remment, on retrouve des points communs. Ce sont les rapides et remous du fleuve dont je parlais tout Ă lâheure, dans la mĂ©taphore du pont. Câest intĂ©ressant de sây attarder, pas pour faire peur mais bien pour savoir y naviguer.
Tous sans exception vont connaĂźtre ce que lâon appelle une pĂ©riode de deuil en gestion du changement (cf. courbe du changement dâElisabeth KĂŒbler-Ross). Câest une phase de âdescenteâ durant laquelle il va traverser divers Ă©tats: dĂ©ni, colĂšre, tristesse voire dĂ©pression.
Heureusement, cette pĂ©riode fait place Ă la remontĂ©e, oĂč le sportif accepte sa nouvelle rĂ©alitĂ©, va chercher du sens, puis se remettre en mouvement.
Cette phase de deuil est inhĂ©rente Ă tout changement qui comporte une perte. Et lâarrĂȘt du sport de haut niveau comprend des pertes Ă bien des Ă©gards.
La perte dâidentitĂ© des athlĂštes de haut niveau
On appelle âidentitĂ© dâathlĂšteâ le degrĂ© dâidentification du sportif Ă son rĂŽle dâathlĂšte. Si lâindividu se dĂ©finit uniquement par cette casquette-lĂ , le jour oĂč il arrĂȘte son sport, la chute risque dâĂȘtre violente.
Il est important de rappeler quâun ĂȘtre humain nâest pas dĂ©fini par ce quâil fait (son sport, son mĂ©tierâŠ), mais bien par qui il est. Quand on se prĂ©sente en Ă©nonçant son mĂ©tier, on rĂ©pond Ă la question âquâest-ce que tu fais dans la vie?â, pas âqui es-tu?â. Se dĂ©finir comme âancien sportifâ convient un temps, mais ne fera quâaccentuer cette perte au lieu de penser Ă lâavenir.
Jâinvite les athlĂštes Ă rĂ©flĂ©chir Ă comment ils se dĂ©finissent autrement que par leur sport. Et Ă cultiver dâautres centres dâintĂ©rĂȘt afin de dĂ©couvrir dâautres facettes dâeux-mĂȘmes.
Cette perte dâidentitĂ© va de pair avec la perte du statut. Quand on est athlĂšte, pour peu quâon soit un peu mĂ©diatisĂ© et connu, on est admirĂ©. Ce sentiment de âbrillerâ peut manquer Ă certains. Il nây a rien de honteux Ă cela. Je le prĂ©cise car mes coachĂ©s sont toujours un peu gĂȘnĂ©s de lâavouer. Câest un Ă©lĂ©ment dâinformation comme un autre, quâon va intĂ©grer Ă la rĂ©flexion sur lâaprĂšs-carriĂšre.
Surmonter le sentiment de solitude
Que lâathlĂšte Ă©volue dans un sport individuel ou dâĂ©quipe, il y a toujours un collectif lorsquâon est au meilleur niveau. Ce sont les partenaires dâentraĂźnement (qui peuvent devenir des adversaires en compĂ©tition). Câest le staff: les coachs, les mĂ©decins, les kinĂ©sithĂ©rapeutes, les prĂ©parateurs mentauxâŠetc. Des relations fortes se crĂ©ent avec ces personnes qui Ćuvrent dans un objectif commun de victoire, car le sport est vecteur dâĂ©motions intenses.
Or, fermer la porte du vestiaire du jour au lendemain constitue la perte de ses coĂ©quipiers. Eux continuent leur rythme comme si presque rien nâavait changĂ©. Et mĂȘme si lâathlĂšte retraitĂ© reste en contact, il ne fait plus partie du groupe. Il nâa pas vĂ©cu la derniĂšre victoire avec eux. Et il nâose pas partager ses doutes et ses questionnements avec son ancienne Ă©quipe, car il ne veut pas les importuner, pensant quâils ne comprendraient pasâŠ
Câest difficile de faire preuve de vulnĂ©rabilitĂ© quand on a Ă©tĂ© habituĂ© Ă repousser ses limites, Ă ĂȘtre invaincu. Cette difficultĂ© peut aussi sâĂ©tendre avec lâentourage proche, lequel ne comprend pas toujours lâĂ©preuve que traverse le sportif. Tout ce contexte peut laisser place Ă un sentiment de solitude.
Comprendre et adapter son rythme
Quand lâathlĂšte arrĂȘte son sport qui lui prend parfois jusquâĂ 35 heures par semaine, câest autant de temps libre quâil a devant lui. Souvent, il se rĂ©jouit de ce temps aux premiers abords.
Mais sâil ne sait pas comment, avec quoi et avec qui lâoccuper, cette nouvelle libertĂ© peut dĂ©stabiliser. Câest le cas sâil nâa pas de projet professionnel ou dâobjectif dĂ©fini.
Jâai mentionnĂ© prĂ©cĂ©demment les sportifs ayant un double projet, qui travaillaient en parallĂšle de leur sport. Ils vont, eux aussi, devoir trouver un nouvel Ă©quilibre, dans le mĂȘme environnement professionnel ou dans un autre.
Accepter dâĂ©ventuels changements physiologiques
Enfin, lâarrĂȘt de lâactivitĂ© physique Ă une telle intensitĂ© et un tel volume horaire a des consĂ©quences sur le corps. Ce dernier sâĂ©tait adaptĂ© au niveau biochimique pour supporter et performer dans le sport. Il va devoir sâadapter Ă sa nouvelle vie aprĂšs le sport.
Ces changements ne sont pas uniquement de lâordre de lâapparence extĂ©rieure (gagner ou perdre du poids par exemple). Ils touchent aussi Ă la nouvelle identitĂ© du sportif, et Ă lâacceptation de qui il est.
Les changements hormonaux vont Ă©galement impacter les humeurs, les Ă©motions. Ce nâest pas un hasard si prĂšs de la moitiĂ© des sportifs qui arrĂȘtent font face Ă des troubles de santĂ© mentale (troubles du comportement alimentaire, anxiĂ©tĂ©, dĂ©pression, sensation de manqueâŠ). La rĂ©duction des taux de dopamine et autres hormones libĂ©rĂ©es lors de la pratique sportive est un facteur Ă prendre en compte.
A tous les sportifs qui pensent que âle problĂšme est dans leur tĂȘteâ, jâespĂšre que ce point pourra vous donner dâautres pistes Ă explorer pour expliquer votre mal-ĂȘtre.
Ă mon sens, il est important de ne pas rester seul(e) et de partager ce que lâon ressent. Sâil est vraiment impossible de le faire avec vos proches, il ne faut surtout pas hĂ©siter Ă se tourner vers le corps mĂ©dical et/ou paramĂ©dical (psychologue, thĂ©rapies doucesâŠ).
Les questions rĂ©currentes sur lâaprĂšs-carriĂšre des sportifs de haut niveau
Par dessus tous ces changements que le sportif doit gĂ©rer du mieux quâil peut, viennent sâajouter les questions, parfois les croyances, sur son avenir professionnel. Les plus courantes sont les suivantes:
- Ils ont le sentiment dâavoir vĂ©cu leurs plus belles annĂ©es dans le sport, et quâils ne trouveront jamais un mĂ©tier qui les anime autant,
- Ils ont lâimpression de ne pas avoir de compĂ©tences transfĂ©rables en entreprise,
- Le sujet des Ă©tudes quâils ont Ă©ventuellement faites avant leur carriĂšre sportive ne leur correspond plus et ils ne se voient pas travailler dans ce domaine,
- Ils croient que la seule option est de rester dans le milieu sportif (cette croyance nâest problĂ©matique que si cela ne les rĂ©jouit pas),
- Pour les âanciensâ athlĂštes dĂ©jĂ en poste, ils ne se sentent pas (ou plus) Ă©panoui(e)s dans leur travail,
- Ils veulent /doivent se reconvertir, mais pour faire quoi ? Ils nâont aucune idĂ©e de ce quâils pourraient faire dâautre. Ou au contraire, ils ont trop dâidĂ©es mais nâarrivent pas Ă choisir,
- Ils ont peur de se tromper, de prendre la mauvaise dĂ©cision, de tout changer pour au final ĂȘtre déçu(e)s.
Bref, ils se posent mille questions, toutes lĂ©gitimes. Certains arrivent Ă avancer grĂące Ă leur entourage. Dâautres pour lesquels il ne ressort rien de concret peuvent se sentir perdus professionnellement.
Les changements que lâathlĂšte traverse touchent tellement dâaspects de sa vie: environnementale, sociale, professionnelle, physique, hormonale⊠Câest un tsunami, il ne faut pas le sous-estimer ou le minimiser.
Il sâagit dans un premier temps dâinformer. Un athlĂšte conscient de ce qui lâattend est mieux armĂ© pour traverser cette pĂ©riode. Câest comme quand on Ă©tudie son adversaire en vue de la prochaine compĂ©tition: on maximise ses chances de gagner. Et dâailleurs on gagne rarement seul. DâoĂč lâimportance de sâappuyer sur son entourage et son rĂ©seau. Et si besoin sur un professionnel de la transition de carriĂšre des athlĂštes.
Comment rĂ©ussir une reconversion Ă©panouissante aprĂšs sa carriĂšre dâathlĂšte ?
Sâinformer et comprendre pour mieux anticiper sa reconversion de sportif de haut niveau
Mon intention en rĂ©pertoriant lâensemble des changements qui se jouent autour du point de bascule de la fin de carriĂšre nâest pas de faire peur aux athlĂštes, mais bien dâĂ©veiller les consciences. Câest lâignorance de tous ces paramĂštres qui fait que le sportif est heurtĂ© de plein fouet par ses Ă©motions lorsquâil raccroche le maillot. Savoir ce qui lâattend, quâil nâest pas seul Ă Ă©prouver cela, est un premier Ă©lĂ©ment dans la gestion de sa transition.
Ce sont aussi des indicateurs sur lesquels sâappuyer pour identifier les facteurs de risque dâune transition mal prĂ©parĂ©e et/ou vĂ©cue par certains athlĂštes. Et le cas Ă©chĂ©ant, leur proposer des mesures de prĂ©vention, ou encore une aide adaptĂ©e.
Enfin, cette liste nâest ni systĂ©matique (tous les sportifs ne vivront pas tous ces Ă©vĂ©nements), ni limitative (un Ă©vĂ©nement isolĂ© ne prĂ©dit pas une transition mal vĂ©cue). Câest bien lâĂ©quilibre (ou le dĂ©sĂ©quilibre) des ressources et des obstacles dans le contexte de la fin de carriĂšre de chaque athlĂšte quâil sâagira dâĂ©valuer.
Anticiper pour sâĂ©panouir Ă toutes les Ă©tapes de sa vie
Jâaimerais ajouter quâil y a plusieurs maniĂšres et pas de meilleur moment pour prĂ©parer sa fin de carriĂšre. On revient sur le postulat quâil y a autant de transitions que dâathlĂštes. Certains vont prĂ©fĂ©rer lâanticiper et prĂ©parer leur projet professionnel durant leur carriĂšre, afin de rebondir immĂ©diatement une fois le maillot raccrochĂ©. Par exemple en crĂ©ant leur site internet de sportif pour capitaliser sur leurs accomplissements au moment de la reconversion.
Je tiens Ă prĂ©ciser ici que, contrairement aux idĂ©es reçues, des Ă©tudes ont dĂ©montrĂ© que prĂ©parer sa reconversion pendant la carriĂšre sportive augmente les performances athlĂ©tiques. Dâautres athlĂštes vont se pencher sur la question de la reconversion juste au moment de leur arrĂȘt. Enfin, certains vont se lancer dans une voie professionnelle et dĂ©cider dâen changer bien des annĂ©es plus tard.
Une fois que lâon sait tout cela, il y a des bonnes pratiques Ă mettre en place durant sa carriĂšre pour prĂ©parer au mieux sa reconversion. Lâobjectif ultime sera de construire un projet de vie, professionnel comme personnel, qui fait du sens et qui enthousiasme lâathlĂšte. Et je partage quotidiennement des informations et astuces sur la reconversion des sportifs de haut niveau sur mon compte Instagram: @athletes.reconversion. NâhĂ©sitez pas Ă vous abonner pour ne rien manquer. Ou encore Ă me contacter pour de plus amples informations, je rĂ©pondrai Ă vos questions avec plaisir.







